Najia Mehadji

Au cœur de l’œuvre de Najia Mehadji : le corps, l’éros et la spiritualité ; l’artiste semble en effet éprouver le désir intense d’unir dans son œuvre le sensuel et le mystique ; dans les tableaux qu’elle nous propose, la puissance poétique des figures plastiques, s’associe, par l’épure des trajectoires et la sobriété des couleurs, à une intense spiritualité. Najia Mehadji invente une calligraphie, où la ligne continue d’un geste, un seul, trace plis et replis, dans un mouvement intérieur/extérieur, à la fois sensuel et sublimé. L’artiste, en effet détachée de toutes figurations littérale, pratique ce que l’on peut nommer, « abstraction gestuelle », où le corps s’implique à l’œuvre, celle-ci invitant celui-là à l’expérience d’un voyage sensoriel ; cette dynamique de l’artiste peignant, rejoint l’expérience d’un Derviche en danse mystique ; la série que nous présentons, intitulée « Mystic dance » est la directe illustration d’un tel processus. La peinture et le dessin, à la fois réfléchis et spontanés, se situent ainsi sur une crête « entre l’épreuve des limites (techniques ) et l’illimité de l’invisible ».

« Mon travail se situe, dit-elle, entre l’abstraction et la figuration, la couleur et la lumière, le dehors et le dedans, le mouvement et le suspens, le sensible et le symbolique, le geste et l’idée, la géométrie et l’organique, l’intuition et la réflexion, l’Orient et l’Occident…». Une manière de « l’entre-deux » qui semble lui être chère , et qui nourrit son inspiration .

Expositions à la Galerie DX

Biographie

Henri-François Debailleux : A quelqu’un qui n’aurait jamais vu vos œuvres et qui vous demanderait ce que vous faites, que leur répondrez-vous ?

Najia Mehadji : Que je travaille depuis toujours sur le temps – la durée -, qui est un élément fondamental de ma recherche. Le temps apparait dans la succession de lignes que je dessine ; chaque ligne est le temps d’un geste.

Le travail que j’ai fait avec les sticks à l’huile à commencé en 1996 avec des œuvres évoquant des cactus, car ces plantes sont des concretions de temps, leur forme représente le temps de leur conception. L’autre élément déterminant dans mes œuvres est la notion de passage, de mouvement; par exemple à partir d’un centre, ou du fond vers la surface comme avec les «Volutes», ou encore du bas vers le haut ; chaque passage étant le symbole d’un changement d’état ou de lieu et entrainant des métamorphoses d’une œuvres à une autre. Pour finir je dirai que dans mes réflexions je me sens proche de certains philosophes, comme Gilles Deleuze qui m’a beaucoup apporté, notamment avec ses notions de «diagramme», de «blocs de sensation», sur ce qu’il dit du cinéma à travers «l’image affect» que constitue le gros plan. Certaines de mes toiles sont d’ailleurs titrées «chaosmos», qui est un concept qu’il a inventé. Car comment se frayer un chemin entre le chaos et le cosmos, le visible et l’invisible.

Presse

Diptyk, avril-mai 2019
Laetitia Dechanet, « Najia Mehadji par elle-même »

Artravel n°79, 2018
Vanina Tarnaud, « La mystique incarnée »

Art Absolument n°69, janvier-février 2016
Gilles Lanceval, « Face à l’histoire : Mahi Binebine / Najia Mehadji

Vidéos